Femme, athlète et maman
Le sport et la grossesse : le témoignage de La Prana, coach et maman, et de Schérazade, professeure de yoga pré et postnatal
Alysia Montaño et sa fille
“Pregnant women are the toughest athletes” (les athlètes enceintes sont les plus fortes) : c’était la phrase d’accroche utilisée par Nike en 2021. Un mea culpa marketing pour l’entreprise qui avait fait polémique en réduisant de 70% le montant du contrat de sponsoring de l'athlète américaine Allyson Felix, suite à sa grossesse et complications post-grossesse. Alysia Montaño et Kara Goucher témoignent du même traitement de la part de leur ancien sponsor. Si Nike avait été contraint de revoir sa politique discriminatoire, cette exemple reste bien emblématique du traitement global de la perception de la grossesse chez les femmes athlètes. Un traitement stigmatisant et surtout infondé. Car derrière l’hypocrisie de la stratégie marketing de sa publicité, le message utilisé par Nike « les athlètes enceintes sont les plus fortes », révèle une réalité physiologique : les performances physiques d’une femme enceinte ne sont pas moins importantes pendant une grossesse. Elles peuvent même augmenter. Carole Maître, gynécologue et médecin du sport à l’INSEP ayant consacré une partie de sa carrière aux athlètes féminines, confirme ce fait en rappelant que l’on observe une augmentation des capacités cardio-respiratoires chez les femmes enceintes : « Le volume d'oxygène maximal distribué aux muscles augmente de 30% pendant toute la grossesse. Et cette adaptation perdure jusqu'à six mois après l'accouchement."
Des années de stigmatisation dans le milieu sportif ont développé cette idée reçu qu’une grossesse indiquait la fin d’une carrière pour une athlète, mais rien est moins vrai. Plusieurs athlètes ont participé aux Jeux Olympiques pendant leur grossesse et ont même remporté des médailles : Karen Cosgrove a réalisé un marathon de 2h45 au cours de son premier mois de grossesse. Serena Williams, qui était elle aussi sponsorisée par Nike, a gagné l’OPEN Tennis d’Australie en 2017 en étant enceinte de deux mois. La grossesse n’est donc pas synonyme de fin de carrière pour une sportive et au contraire, elle peut même constituer un booster professionnel : une fois devenu mère la côte de popularité de Serena aurait même augmenté.
Photographie de La Prana par Émir Srkalovic
Témoignage de La Prana, coach et jeune maman.
La Prana, 32 ans, est elle aussi femme, athlète et jeune maman depuis 18 mois exerçant le métier de coach sportif. Elle crée son école La Pranasutra, spécialisée dans la souplesse du corps et de l’esprit, après une longue carrière dans la gymnastique rythmique et la pole dance. Le sport c’est toute sa vie et elle ne l’a pas mis entre parenthèse, ni pendant sa grossesse ni après. Malgré un fibrome de 9 cm devant le col de l’utérus, Prana a pu continuer son entrainement et ses cours durant toute sa grossesse. Elle témoigne que professionnellement sa grossesse n’a eu aucune répercussion négative sur sa carrière. Elle a pu au contraire apprendre à mieux connaître son corps et le corps féminin en général :
« Le 1er trimestre tu es très très fatiguée … C’était difficile parce que je donnais pas mal de cours partout en France et c’était épuisant. Ca m’a carrément rappelé The Island pour le coup (émission de survie à laquelle Prana avait participé en 2015 ). Ensuite deuxième trimestre j’ai eu des douleurs ligamentaires donc j’ai dû rester au lit pendant 6 jours. Par contre j’étais super tonique et dynamique pendant ma grossesse. Je ne me suis jamais sentie aussi fit que lorsque j’étais enceinte. »
Car en effet si Prana dit aujourd’hui aimer son corps entièrement cela n’a pas toujours été le cas :
« J’ai passé toute ma jeunesse à ne pas aimer du tout ce que j’étais. Du coup ça m’a attiré vers l’opposé de ce que je suis et de ce que je suis faite pour. Je suis tombée dans la gymnastique rythmique alors que je ne suis pas du tout désignée pour ça. Mon rapport au corps a été compliqué parce que j’aimais tout ce que je n’étais pas à cette époque là. J’ai développé un amour un peu vache parce que j’étais amoureuse d’une discipline dans laquelle les gymnastes qui y excellaient étaient aux antipodes de mon enveloppe. Il fallait être fine, super souple, blanche, le même profil qu’en danse classique. Tout ce que je n’étais pas ! »
Ne se reconnaissant pas dans les standards rigides français, Prana découvre alors la culture fitness et le milieu du culturisme aux Etats-Unis et au Canada. C’est un bouleversement : habituée à ne pas rentrer dans les cases esthétiques de sa profession, elle rentre alors dans un monde où pour la première fois elle est admirée pour son physique. C’est lorsqu’elle se retrouve à participer à une compétition de culture physique sans aucune préparation qu’elle comprend l’ampleur de son potentiel :
« L’organisateur de la compétition était alors venu me voir pour me dire que j’avais un physique exceptionnel alors que je ne m’étais même pas préparé. On complimentait mes bras, mon dos, même mes clavicules ! Il faut normalement au moins un an de préparation pour accéder à ces compétitions. Cette expérience m’a réconcilié réellement avec mon corps et j’ai enfin commencé à m’accepter. Ensuite le fitness game est devenu à la mode vers 2013 et là j’ai commencé à m’apprécier. Mais c’est depuis que je suis maman que j’aime entièrement celle que je suis. »
Pour Prana, même si elle n’a pas eu de bouleversement physique important pendant et après sa grossesse, l’après grossesse est une nouvelle étape de son corps. On ne récupère pas son corps d’avant mais on s’en reconstruit un nouveau :
« Quand tu es enceinte tu as une hormone qui s’appelle la relaxine qui te permet de gagner en souplesse pour la norme. Par contre lorsque tu es déjà dans le sport et que tu as une musculature développée comme moi, les effets de cette hormones tu les ressens sur les articulations et les ligaments. Donc tu as une mobilité articulaire plus développée. Mais lorsque tu es musclée le poids du ventre joue sur tes muscles, donc musculairement tu vas moins loin parce que les muscles sont contractés. Donc personnellement je n’ai pas spécialement développé plus de souplesse. Cependant je me suis surprise à atteindre mon grand écart facial après avoir accouchée et là je pense que la grossesse m’a aidé au niveau de mon ouverture des hanches. Par contre il a toute une souplesse du dos à reprendre : surtout après une péridurale et une césarienne … »
Si chaque grossesse est une expérience unique et propre à chaque corps celle de Prana n’a été que positive, sur le plan personnel et sur le plan professionnel. Sport et grossesse ne sont donc pas incompatibles.
Les conseils yoga de Schérzade
Photographie de Schérazade par Daphné Launay
Schérazade est professeure de yoga spécialisée dans le corps féminin. Elle accompagne les femmes à chaque étape du cycle de leur corps, notamment pendant et après leur grossesse. Elle rappelle que le yoga peut se pratiquer tout au long d’une grossesse. Voici ses conseils :
C’est le tout début de la grossesse. Tout se met en place avec son lot de changements et désagréments (poitrine gonflée et douloureuse, nausées, maux de tête, fatigue extrême …) Le premier trimestre est aussi le plus délicat à cause du risque élevé de fausses couches. Cela reste la période disons la plus délicate, mais nous pourrons toutefois pratiquer en douceur. Dès les premiers mois, le rythme cardiaque va augmenter, ainsi que le volume sanguin. Ce qui implique de ralentir. La relaxine, l’hormone de la souplesse va augmenter elle aussi. La relaxine va donc se développer, les ligaments se relâcher, la région pelvienne va devenir plus mobile mais aussi plus sensible. Chacune est différente et le plus important est toujours d’écouter son corps, ses ressentis et son instinct mais voici mes conseils et mon expérience :
Préférez un Yoga doux. “Vous pouvez vous orienter vers des cours de Hatha Yoga (yoga lent et doux). Ces cours de Yoga très doux vous permettront de travailler votre respiration, la détente, l’allongement de la colonne et le bon positionnement du bassin. Tout ce dont vous aurez besoin tout le long de votre grossesse et le jour de votre accouchement. Vous pouvez également vous orienter vers une pratique de Yoga prénatal selon la Méthode de Gasquet . Le Dr de Gasquet puise dans le yoga des réponses efficaces et sans danger pour le bien être de la grossesse. Ce type de yoga est centré autour des principes essentiels : la respiration, les étirements et le travail du périnée.”
Quel Type de Yoga choisir ? “Si vous pratiquez déjà le Yoga avant votre grossesse, vous devez connaître votre corps. Alors, écoutez le. Si vous vous sentez fatiguée, ralentissez votre pratique ou tournez vous vers des types de Yoga plus lent. De mon point de vue le Yoga prénatal reste la pratique la plus ciblée pour accompagner la future maman durant la grossesse, mais d’autres types de yoga comme le Hatha , mais aussi le Yoga restauratif ou le Yin Yoga seront également parfaits pour cela. Si vous avez des nausées très importantes, évitez les pauses d’inversion qui vous seront désagréables. Même si certaines professeures de Yoga continuent leur pratique d’inversions tout cela dépend de notre ressenti et de notre parcours physique. Il n’y a pas vraiment de règles mais vous pouvez continuer à faire tout ce que vous faisiez avant la grossesse sans “trop” forcer et tant que vous sentez que les poses effectuées vont font du bien.”
Les abdominaux : “Ah la grande question des abdominaux et du ventre plat! Sur ce sujet, il faut séparer plusieurs muscles. Il est bon de continuer à faire un travail sur ses muscles profonds pendant la grossesse car ces muscles soutiennent la posture. Ils aideront à limiter les douleurs de dos pendant la grossesse, faciliteront l’accouchement et permettront une remise en forme plus rapide une fois bébé arrivé. Le transverse a donc un rôle primordial. Il ne faut pas hésiter à la solliciter plusieurs fois par jour en action simultanée avec le périnée. C’est leur action combinée ainsi qu’une respiration adéquate qui vous permettront de « remonter » vos organes, de soulever votre diaphragme et de créer de l’espace dans votre abdomen. Pour cela La Méthode de Gasquet est vraiment conseillée.”
Les torsions : “Certains professeurs vous interdiront les torsions à cause de la pression que cela peut mettre sur votre utérus mais là encore sachez vous écouter et choisir des torsions plus douces. Les torsions permettent également de libérer les douleurs dorsales (bas du dos et épaules) et de faciliter la digestion ce qui peut être très utile et bénéfique pendant la grossesse. Privilégiez des torsions douces, des versions plus faciles, et des torsions sans trop de pression sur votre ventre.”
Les sauts : “Evitez les sauts. Cela vaut dans votre pratique de Yoga mais aussi dans votre quotidien !”
Lectures utiles :
- Yoga & Méditation Pendant la Grossesse, de Mell Campbell
- Bien être et Maternité, de Bernadette de Gasquet
- Yoga Grossesse ; Prénatal ; Postnatal, Avec Bébé, d’Adeline Blondieau, Clara Truchot
- Joyau de la femme, de Gita Iyengar
- Vivre et transmettre le meilleur pendant sa grossesse, de Sophie Metthey
Les Avis des professeures de Yoga enceintes :
- “Pendant mon premier trimestre j’ai gardé ma pratique intacte. Je n’ai pas supprimé de poses de Yoga particulières, que ce soit les inversions, les torsions ou les postures allongées. Je n’ai pas non plus ralenti le rythme : j’ai continué à pratiquer le Yoga Vinyasa, l’Ashtanga et le Yoga aérien. Je me sentais très bien et mes pratiques m’ont notamment aidée à faire passer une douleur sciatique qui s’est déclenchée au tout début de ma grossesse.” *DelphineYoga
- “... J’ai décidé de complètement lâcher prise , de m’écouter. D’écouter aussi bien mon corps mais aussi mon coeur, mon ressenti ... et pour l’instant même si je me fatigue plus vite, je ressens aussi un plaisir tellement immense à enseigner, à partager à pratiquer. J’ai toujours besoin de ces projets professionnels qui me rende heureuse.” *Tatiana Avila Bouru
- “À l’heure où je vous écris, je suis à la fin de cette belle et tumultueuse aventure qu’est la grossesse. Ce troisième trimestre est pour moi placé sous le signe du soin, de la lenteur et de l’écoute. Je suis d’un caractère très Yang, et bien que passionnée par la transmission du Yin dans mes cours de yoga, je n’aurais jamais cru me délecter autant de cette pratique. Bon ok, j’ai continué à pratiquer le yoga dynamique mais tout en lui conférant un caractère plus profond, plus Yin en quelques sortes !” *Gwendoline
- ”Continuez de renforcer les bras : après la grossesse, vous aurez ce petit être dans vos bras plusieurs heures par jour ! Les jambes : afin de les garder toniques, elles qui vous portent tout au long de votre grossesse, cela permettra d’éviter les jambes lourdes, qui gonflent .... A partir de là, donc, même en ralentissant le rythme de pratique, on garde les asanas qui nous permettent de nous renforcer, surtout on s’écoute et on fait des pauses si nécessaire ! Peut-être même que l’on décide de ralentir la durée des pratiques (j’ai plutôt pratiqué 30-40min comparé à l’heure minimum que je faisais avant) en revanche essayez de garder la fréquence de pratique (mieux vaut court et souvent que long et occasionnellement).” *Aurore G